Fixant
un critère qui permet de juger de l’authenticité des paroles qui lui sont
attribuées par les hommes, Dieu dit dans le Coran : « Ne sont-ils pas disposés à méditer le Coran ?
S’il venait d’un autre que Dieu, les hommes y trouveraient maintes contradictions. »[1]
Or, la
Bible renferme une multitude de contradictions dont nous ne mentionnerons ici
qu’un petit nombre :
1. La généalogie de Jésus rapportée par Matthieu (1,
1-17) est en contradiction évidente avec celle proposée par Luc (3, 23-38). Il
ne faut guère aller bien loin avant de trouver le premier désaccord entre les
deux généalogies : en Matthieu, le père de Joseph le charpentier, époux de
Marie, est appelé Jacob, alors que Luc le nomme Héli. Autre
contradiction : alors que chez Matthieu, 27 générations séparent Jésus de
David, leur nombre s’élève à 41 chez Luc. Mais la plus grande incohérence dans
ces deux généalogies de Jésus est la présence de Joseph le charpentier qui
pourtant, selon les chrétiens tout comme les musulmans, n’est pas le père de
Jésus, né miraculeusement. Les auteurs des évangiles poursuivaient un but bien
précis en mentionnant Joseph dans la généalogie de Jésus dont il n’est pourtant
pas le père biologique : prouver que Jésus est le roi Messie de la
descendance de David attendu par les juifs[2], Messie dont l’ange dit,
en s’adressant à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David,
son père. »[3] C’est d’ailleurs la
raison pour laquelle Matthieu a volontairement supprimé Jojakim de la
généalogie de Jésus, affirmant : « Josias engendra Jéchonias »[4], Jéchonias étant le
petit-fils, non le fils de Josias, comme on peut le lire en 1 Chronique 3,
15-16. La raison de ce raccourci, ces paroles de Jérémie : « C’est
pourquoi, ainsi parle l’Eternel sur Jojakim, roi de Juda : aucun des siens
ne sera assis sur le trône de David. »[5]
2. Il est dit dans l’évangile de Marc : « Jésus leur
répondit : N’avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu’il fut dans la
nécessité et qu’il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui, comment il entra
dans la maison de Dieu, du temps du souverain sacrificateur Abiathar, et
mangea les pains de proposition, qu’il n’est permis qu’aux sacrificateurs de
manger. »[6] Or, lorsqu’on lit le
passage de la Bible auquel, selon Marc, Jésus fait référence, on constate que
le sacrificateur n’était pas à ce moment-là Abiathar mais son père Achimélec :
« David se rendit à Nob, vers le sacrificateur Achimélec, qui accourut effrayé
au-devant de David et lui dit : Pourquoi es-tu seul et n’y a-t-il personne
avec toi ? […] Alors le sacrificateur lui donna du pain consacré, car il
n’y avait là d’autre pain que du pain de proposition, qu’on avait ôté de devant
l’Eternel pour le remplacer par du pain chaud au moment où on l’avait
pris. »[7]
3. En parlant de Pierre, Matthieu se contredit dans la même page. Ce
premier passage : « Jésus, reprenant la parole, lui dit : Tu es
heureux, Simon, fils de Jonas, car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont
révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que
tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes
du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs
du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les
cieux »[8], s’oppose en effet
clairement à cet autre passage qui le suit de quelques lignes seulement :
« Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : Arrière de moi, Satan !
Tu m’es en scandale, car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais
celles des hommes. »[9]
4. Jésus se contredit lorsqu’il affirme en Jean 5, 31 : « Si c’est
moi qui rends témoignage de moi-même, mon témoignage n’est pas vrai »,
puis en Jean 8, 14 : « Quoique je rende témoignage de moi-même, mon
témoignage est vrai. »
5. Ce passage de 2 Rois 24, 8 qui indique que « Jojakin avait dix-huit ans
lorsqu’il devint roi » s’oppose clairement à 2 Chroniques 36, 9 qui
prétend que « Jojakin avait huit ans lorsqu’il devint roi ». Visiblement peu
convaincus par ce qu’ils considèrent pourtant comme un texte inspiré, les traducteurs
de la bible de Jérusalem ont donc remplacé dans le second passage « huit
ans » par « dix-huit ans ».
6. Quant à ce passage : « Or Mical, fille de Saül, n’eut point
d’enfants jusqu’au jour de sa mort »[10], il s’oppose visiblement
à celui-ci, situé dans le même livre de l’Ancien Testament : « Mais le roi
prit les deux fils que Ritspa, fille d’Ajja, avait enfantés à Saül, Armoni et
Mephiboscheth, et les cinq fils que Mical, fille de Saül, avait enfantés à
Adriel. »[11] Voulant dissimuler cette
évidente contradiction, la bible Louis Segond[12]
et la bible de Jérusalem remplacent tout simplement, dans le second passage, le
nom de Mical par celui de Mérab, sa sœur aînée ! Il nous a fallu revenir à
la traduction d’André Chouraqui, qui s’est appuyé sur le texte hébreu, pour
démontrer la supercherie.
7- Ce verset : « Saül était âgé d’un an, lorsqu’il devint roi, et il
avait déjà régné deux ans sur Israël » (1 Samuel 13, 1) est invraisemblable.
Aussi, certaines traductions modernes n’eurent d’autre choix que de supprimer
l’âge supposé du roi Saül, laissant un espace vide en lieu et place des
paroles : « d’un an » et des paroles : « deux ans »[13].
8- On apprend en 2 Rois 8, 26 que « Achazia avait vingt-deux ans lorsqu’il
devint roi…», paroles contredites par 2 Chroniques 22, 2 : « Achazia avait
quarante-deux ans lorsqu’il devint roi…» Cette erreur étant évidente
puisqu’elle donne à Achazia deux ans de plus que son père Joram, comme
l’indique 2 Chroniques 21, 20-22, nombre d’Églises à travers le monde
décidèrent, dans certaines éditons modernes, de modifier l’âge d’Achazia dans 2
Chroniques 22, 2, de quarante-deux à vingt-deux ans, afin d’harmoniser les deux
textes.
9. Autre contradiction que l’on peut relever dans l’Ancien Testament, ce passage de 1 Samuel 17,
50 selon lequel c’est David qui terrassa et tua Goliath : « Ainsi, avec
une fronde et une pierre, David fut plus fort que le Philistin, il le terrassa
et lui ôta la vie, sans avoir d’épée à la main », en opposition évidente avec
cet autre récit qui indique que Goliath fut tué par Elchanan : « Il y eut
encore une bataille à Gob avec les Philistins. Et Elchanan, fils de Jaaré
Oreguim, de Bethléhem, tua Goliath. »[14]
10. Contradiction entre le Nouveau et
l’Ancien Testament dans ces paroles que Jean 3, 13 attribue à Jésus :
« Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel
», en évidente contradiction avec Genèse 5, 24 où l’on apprend que « Hénoch
marcha avec Dieu, puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit » et avec 2 Rois
2, 1, où il est dit que « l’Eternel fit monter Elie au ciel dans un tourbillon
».
[1] Coran 4, 82.
[2] Jérémie 33, 14-17.
[3] Luc 1, 32.
[4] Matthieu 1, 11.
[5] Jérémie 36, 30.
[6] Marc 2, 25-26.
[7] 1 Samuel 21, 1-6.
[8] Matthieu 16, 17-19.
[9] Matthieu 16, 23.
[10] 2 Samuel 6, 23.
[11] 2 Samuel 21, 8.
Traduction d’André Chouraqui.
[12] Celle qui sera utilisée
dans cette étude, sauf mention.
[13] Ne sachant comment
traduire l’intraduisible, les traducteurs de la Bible de Jérusalem ont, par
exemple, laissé un blanc à la place des mots « d’un an » tandis que Chouraqi,
plus subtil, traduit le verset ainsi : « Saül a un an de son règne, et il règne
deux ans sur Israël ». D’ailleurs, malgré l’artifice, le sens reste le même.
[14] 2 Samuel 21, 19.