Philippe Grenier, né à Pontarlier, est le fils d’Hippolyte
Grenier, capitaine de cavalerie et membre de l’état-major de Napoléon III. Diplômé de la faculté de médecine de Paris en 1890, il revient dans sa ville
natale où il ouvre un cabinet. La même année, il rend visite à son frère cadet
à Blida en Algérie française, ce qui marquera le début
de sa révélation pour la culture musulmane. De retour en métropole, il se met à
étudier le Coran et s’informe longuement
sur cette religion qu’il sent correspondre à son état d’âme. Quatre ans plus
tard, en 1894, lors d’un second voyage
à Blida, il se convertit à l’islam. Il a vingt-neuf ans et
rentre à Pontarlier pour servir autant les pauvres que ses coreligionnaires. Il
décide d’afficher sa conversion et s’habille désormais comme les musulmans
d’Algérie.
Il se fait tout d’abord
élire conseiller municipal de sa ville, puis tente
sa chance aux élections législatives. Menant une campagne électorale modeste, il
devient la risée de la presse qui se moque de ses « exubérances
vestimentaires » (bottes marocaines, gandoura, burnous et turban). Son programme social
ambitieux pour l’époque lui permet tout de même d’être élu de justesse au
second tour avec 51 % des voix. Créant un véritable coup de théâtre
électoral, il devient le premier député musulman de l’histoire de France et
siège à l’assemblée nationale comme député du Doubs de 1896 à 1898.
Le 30 décembre 1896, en
présence de plusieurs journalistes qui l’interrogent après sa victoire, il
s’explique sur sa foi. « Vous voulez savoir pourquoi je me suis
fait musulman ? Par goût, par penchant, par croyance, et nullement par
fantaisie, comme quelques-uns l’ont insinué. Dès mon jeune âge, l’islamisme et
sa doctrine ont exercé sur moi une attraction presque irréversible […] Mais ce
n’est qu’après une lecture attentive du Coran, suivie d’études approfondies et
de longues méditations, que j’ai embrassé la religion musulmane. J’ai adopté cette
foi, ce dogme, parce qu’ils m’ont semblé tout aussi rationnels et en tout cas
plus conformes à la science que ne le sont la foi et le dogme catholiques.
J’ajoute que les prescriptions de la loi musulmane sont excellentes puisqu’au
point de vue social, la société arabe est basée tout entière sur l’organisation
de la famille et que les principes d’équité, de justice, de charité envers les
malheureux y sont seuls en honneur, et qu’au point de vue de l’hygiène – ce qui
a bien quelque importance pour un médecin -, elle proscrit l’usage des boissons
alcooliques et ordonne les ablutions fréquentes du corps et des vêtements. »
Médecin et musulman, il
veut lutter contre l’alcoolisme avec une proposition de loi sur la diminution du
nombre de débits de boisson. Cependant, la fameuse absinthe de Pontarlier fait vivre tout le pays du
Haut-Doubs et cette proposition de loi contribue au mécontentement de son
électorat. En mai 1898, il est battu à
l’élection, et de nouveau en 1902. Après ce double échec,
il décide de quitter la vie politique et se consacre à sa tâche de médecin,
soignant les pauvres gratuitement, et allant jusqu’à leur acheter lui-même
leurs médicaments. Il meurt à Pontarlier à l’âge de 78 ans.
Un collège, une rue et la mosquée de Pontarlier portent son nom.
Tiré du livre : 100 preuves irréfutables, Mouhammad est le Prophète de
Dieu.